Harmonica

L’harmonica est un aérophone à anches libres, l’un des instruments les plus populaires et portables au monde. Organologiquement, il fonctionne sur le même principe acoustique que l’accordéon ou le bandonéon : le son est produit par de fines lamelles métalliques (les anches, souvent en laiton ou en bronze) fixées à une extrémité sur des plaques (les sommiers) encastrées dans un corps central (le sommier, en bois, plastique ou métal). Il se décline principalement en deux grandes familles : l’harmonica diatonique (souvent à dix trous) et l’harmonica chromatique (équipé d’une tirette mécanique permettant d’accéder à toutes les altérations).

C’est l’un des rares instruments à vent fonctionnant à la fois à l’inspiration et à l’expiration. Le musicien place l’instrument contre ses lèvres et canalise son souffle (avec sa bouche ou sa langue) pour isoler les trous correspondants aux notes désirées. Sur l’harmonica diatonique, le joueur maîtrise très vite la technique de l’altération (le bend) et des sur-souffles (overblows) en modifiant l’angle de l’air et la forme de sa cavité buccale, forçant l’anche à produire des notes hors de sa gamme naturelle. Ce jeu vocal, expressif et plaintif, truffé de vibratos de gorge ou de main, définit son identité sonore.

Inventé en Europe au début du XIXe siècle (dans le sillage des orgues à bouche asiatiques comme le sheng), il a conquis le monde par son coût dérisoire et sa portabilité. Il est devenu le symbole musical des États-Unis ruraux, forgeant l’esthétique du blues du delta (avec Sonny Boy Williamson ou Little Walter), de la musique folk et de la country, tout en trouvant sa place dans le jazz chromatique avec des maîtres comme Toots Thielemans.

Hulusi

Le hulusi (littéralement « soie de calebasse » en chinois) est un aérophone à anches libres originaire de la province du Yunnan en Chine, particulièrement associé à la minorité ethnique Dai. Organologiquement, il est le cousin direct de l’orgue à bouche (comme le sheng), mais se distingue par sa morphologie très gracieuse. Il est composé d’une calebasse séchée et évidée (le hulu) qui sert de chambre à vent (windchest), dans laquelle est inséré un tuyau de bambou mélodique central percé de sept trous de jeu, ainsi qu’un ou deux tuyaux de bourdon (souvent désactivables par un petit bouchon). Des anches libres en laiton ou en argent sont fixées à la base de ces tuyaux, à l’intérieur de la calebasse.

L’embouchure est située au sommet de la calebasse. Le musicien souffle continuellement pour maintenir une pression d’air constante dans la calebasse, qui fait vibrer les anches. Le jeu repose sur un phrasé extrêmement lié, très ornementé (glissandos, trilles, mordants), imitant souvent les inflexions de la voix ou le chant des oiseaux. Contrairement à beaucoup d’instruments à anches libres, le hulusi a un volume sonore très doux, soyeux et intime (rappelant presque le son d’une clarinette feutrée).

Instrument autrefois réservé à la séduction amoureuse ou aux petites assemblées villageoises des minorités du sud-ouest chinois, le hulusi est devenu un instrument national très populaire au XXe siècle. Il s’est standardisé (souvent accordé en Do ou en Si bémol) et est aujourd’hui couramment enseigné dans les conservatoires chinois, tout en étant régulièrement intégré aux orchestres traditionnels modernes.