C’est le printemps: les festivals fleurissent!

Avec le retour des beaux jours, des coccinelles et des petits oiseaux, la musique aussi est à la fête et se met au vert! Si vous habitez la région parisienne, un petit tour d’horizon de mes festivals préférés à portée de Navigo, pour respirer le grand air et admirer les vieilles pierres les oreilles grandes ouvertes! Et vous, quel est votre festival préféré?

Festival “Inventio” en Seine-et-Marne

Haut la main et comme son nom l’indique, un des festivals les plus “inventifs” qui soient, et vraiment l’un de mes favoris! “Inventio” fête cette année ses dix ans (on en espère bien d’autres!), et se déroule en deux temps (mai-juin et septembre) dans la région de Provins (plus une date parisienne au Reid Hall de l’université Columbia – oui oui c’est bien à Paris! – en septembre…)

Sous la houlette de son directeur musical, le violoniste Léo Marillier (second violon du quatuor Diotima), qui a embarqué famille et amis dans l’aventure, le festival déroule une programmation singulière et originale dans des lieux qui le sont tout autant: l’ancienne abbaye cistercienne de Preuilly (rarement ouverte à la visite, ne manquez pas cette occasion unique le samedi 17 mai!), la chapelle de Paroy, la chapelle de Lourps, le prieuré Saint-Ayoul, et quelques églises villageoises de la région plus charmantes les unes que les autres…

L’atmosphère chaleureuse, véritablement familiale, vaut à elle seule le déplacement: ancré dans son territoire, ce festival à échelle humaine met l’accent sur la médiation, la pédagogie, la rencontre. Un partenariat avec des fermes locales permet d’ailleurs de marier après chaque concert les plaisirs du palais à ceux de l’oreille (les généreux buffets de chouquettes et de brie sont légendaires!). En outre, les concerts sont souvent précédés de mini-randos ou de balades guidées qui permettent de découvrir des coins de nature préservée à une petite heure de Paris…

Quant aux concerts, ils sont tout simplement exceptionnels, par leur qualité comme par l’originalité des propositions: de jeunes interprètes parmi les plus talentueux de leur génération mettent tout leur enthousiasme et leur passion au service de programmes particulièrement bien pensés, croisant souvent les genres et les époques, créant des échos avec la littérature, les contes ou d’autres formes d’art. Le répertoire classique se mêle à la musique du 20ème siècle (Schönberg notamment cette année!) et à la création contemporaine, sans oublier quelques incursions baroques (en septembre avec le remarquable ensemble La Badaude). C’est audacieux et revigorant: “Inventio” prouve chaque année que l’on peut amener à des publics éloignés des centres urbains et des salles traditionnelles des propositions artistiques denses, riches et neuves, et que le public croque avec gourmandise et curiosité dans des pièces exigeantes, parfois réputées “difficiles”: la fidélité du public d’Inventio montre que l’audace paie! (Et ce d’autant plus que la gourmandise artistique est toujours bien récompensée par les délices terrestres du traditionnel buffet d’après-concert: je vous ai déjà parlé des chouquettes?…)

Bref: un bonheur de festival à ne pas manquer! Seul petit inconvénient: rançon de leur originalité, les lieux de concert sont souvent hors des sentiers battus… et donc difficilement accessibles sans voiture. Mais pas d’inquiétude pour autant: n’hésitez pas à contacter l’équipe du festival, qui se fera un plaisir de coordonner des covoiturages depuis la gare la plus proche… Vraiment vous n’avez pas d’excuses pour ne pas venir! Je vous donne ma parole que vous ne le regretterez pas.

Retrouvez toute la programmation 2025 sur le site du festival Inventio!

Festival “Un temps pour elles” dans le Val d’Oise

Autre rendez-vous devenu, en cinq ans d’existence, un incontournable du mois de juin: le festival “Un Temps pour Elles” de l’association La Cité des compositrices, fondée par la violoncelliste Héloïse Luzzati, entourée d’une joyeuse bande de musicien.ne.s remarquables qui se montrent fidèles d’année en année et que l’on retrouve avec bonheur (impossible de les citer tou.te.s tant ce festival foisonne de talents, consultez le site!). Vous l’aurez compris: il s’agit ici de découvrir ou de redécouvrir des compositrices trop souvent oubliées d’une histoire de la musique écrite au masculin. “Un Temps pour Elles” s’accorde au féminin pluriel, dans la diversité des styles et des époques, et je gage que même les mélomanes les plus avertis y découvriront des compositrices dont ils n’avaient jamais entendu parler!

C’est d’ailleurs un petit jeu auquel Héloïse Luzzati se livre volontiers en introduction des concerts: demander au public de citer des noms de compositrices. D’année en année, signe du succès de ce travail de longue haleine, de plus en plus de mains se lèvent… mais il en reste tant à découvrir encore! Ce à quoi la petite équipe de La Cité des compositrices s’attelle toute l’année: le festival est le point d’orgue et la partie émergée de tout un ensemble d’activités, de la recherche de partitions à leur publication et à la production discographique (sous le label La Boîte à Pépites) – ce sont ces centaines d’heures passées au fil des saisons à hanter les bibliothèques ou à contacter la descendance des compositrices qui permettent au festival “Un Temps pour Elles” de proposer chaque année des oeuvres inédites et pour certaines jamais entendues auparavant. Avec toujours le même souci de la qualité et la même exigence, qui font que l’on peut s’y rendre les yeux fermés, absolument certain d’être émerveillé de ces pépites (re)découvertes.

Ce qui ne gâte rien et ajoute encore à l’émerveillement, c’est que le festival investit chaque week-end un lieu patrimonial différent dans le Val d’Oise: l’abbaye de Maubuisson, l’église de Luzarches, les châteaux de la Roche-Guyon et de Vigny, et en bouquet final l’extraordinaire domaine de Villarceaux, avec ses deux châteaux et son vaste plan d’eau, un large parc boisé et paysagé que l’on croirait tout droit sorti des pages du Grand Meaulnes… Des lieux surprenants et merveilleux! Cette année, pour fêter les cinq ans du festival, un petit avant-goût en sera également donné dès le 19 mai sur une des plus belles scènes parisiennes, celle des Bouffes-du-Nord. Une soirée foisonnante et prometteuse à ne pas manquer!

Pour le programme du concert inaugural du 19 mai aux Bouffes-du-Nord, c’est ici. Retrouvez le programme complet de l’édition 2025 du festival sur le site Un Temps pour Elles!

“Fièvres musicales” à la Pitié-Salpêtrière

Du 16 au 22 juin. Un festival de musique à l’hôpital? Parce que la musique soulage les corps et les âmes, parce qu’elle est indissociable de notre condition de vivants, parce qu’elle peut et doit vivre partout: c’est le pari un peu fou de ce partenariat entre Sorbonne Université et l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Au programme, piano, musique de chambre mais aussi orchestres, dans tous les styles, avec une série de concerts du soir (payants) et d’innombrables petits concerts (gratuits) en journée dans les espaces publics de l’établissement hospitaliers, au milieu des va-et-vient des malades et des soignants – ce qui donne une dimension particulièrement touchante et précieuse à la musique. Le festival a même son propre orchestre de chambre, la Camerata des Fièvres Musicales, dirigé par le violoniste Eric Lacrouts et composé en partie de soignants de l’APHP. Musiciens professionnels (Claire Désert, Jean-François Heisser…), élèves des conservatoires parisiens, chanteuses et chanteurs du COGE, orchestres amateurs de haut niveau (Elektra, Ondes Plurielles, Albatros…) s’unissent pour proposer une programmation particulièrement riche et éclectique, centrée sur la musique de chambre “classique” mais qui n’hésite pas à “voyager” (c’est le titre de cette édition) vers les musiques traditionnelles (notamment cette année brésiliennes, avec un concert de choro par la flûtiste Swann Bonnet et le pianiste-chanteur Ronan Marsany) ou les musiques “actuelles”. Un festival qui fait réfléchir à la place de la musique dans notre vie, y compris dans les moments difficiles, à ses potentielles fonctions thérapeutiques aussi… Découvrez le programme des concerts du soir, mais n’hésitez surtout pas à feuilleter aussi le programme complet avec les concerts gratuits en journée, qui réserve de belles surprises!


[Événements passés]

Festival de Pentecôte à Malmaison

Du 6 au 9 juin. C’est l’une des vitrines annuelles des efforts de La Nouvelle Athènes, “centre français des pianos romantiques”, un “collectif artistique et patrimonial fondé autour d’un piano carré Érard de 1806, et élargi à une collection d’instruments rares”. La Nouvelle Athènes rassemble “pianistes, chercheurs, chanteurs et passeurs de mémoire” pour partir à la redécouverte de musiques oubliées, notamment celles du premier romantisme français: quel meilleur cadre pouvait-on rêver pour cela que le domaine national abritant les châteaux jumeaux de Bois-Préau et de Malmaison, leur parc et leur orangerie? Ces lieux sont en effet étroitement associés à la figure de Joséphine de Beauharnais, première épouse de Napoléon, elle-même musicienne, et qui aimait réunir autour d’elle les cercles artistiques de son temps.

Attachée à une démarche rigoureuse de documentation historique et de pratique sur instruments d’époque, l’association n’en est pas pour autant placée sous le signe de l’austérité ou de la sévérité – c’est même tout le contraire! L’accent est mis sur le plaisir de découvrir des timbres inhabituels, inouïs (au sens propre du mot!), dans des lieux qui leur correspondent. Le fameux piano Érard de 1806, restauré avec soin, incarne cette approche d’une connaissance sensible qui se dévoile à l’oreille attentive: ses pédales ouvrent des registres de timbres qui ont complètement disparu dans les évolutions ultérieures de l’instrument, et qui se révèlent délicieux à entendre. Outre ces pianos exceptionnels, La Nouvelle Athènes fait régulièrement résonner d’autres instruments anciens: harpe, vents, cordes frottées en boyau… sans oublier bien sûr la voix, avec notamment cette année la toujours réjouissante Lucile Richardot et les Lunaisiens d’Arnaud Marzorati!

L’édition 2025 célèbre les “Italiens et Italiennes entre Milan et Paris”: comme à chaque fois, elle promet une moisson de découvertes et de raretés absolues pendant tout le week-end de la Pentecôte, du vendredi au lundi. N’hésitez pas à passer faire un tour sous les grands arbres du magnifique parc à l’anglaise de Bois-Préau et à retrouver le programme complet du festival ici!

“Les Inoubliables” à Courbevoie

Autre festival consacré aux “compositrices d’hier et d’aujourd’hui”, et plus généralement aux femmes dans le monde de la musique (tous genres confondus), “Les Inoubliables” essaimera cette année en Suisse, avec un second volet du festival à Genève à l’automne. En attendant, c’est bien à Courbevoie (et Paris au sens large) que ça se passe, tout au long du weekend de l’Ascension!

Ouvert par une table ronde le 29 mai à la Cité Audacieuse autour de la mezzo-soprano Marielou Jacquard et des journalistes Aliette de Laleu et Chloé Thibaud, le festival connaîtra un point d’orgue le vendredi 30 mai à la Cinémathèque française avec un hommage inédit à Alice Guy, pionnière du cinéma muet: la projection de quelques-uns de ses courts-métrages sera accompagnée d’une musique originale de Céline Fankhauser, compositrice en résidence du festival, interprétée en direct par la Symphonie de poche et le duo vocal Circé!

Le pavillon des Indes à Courbevoie (photo Wikimedia Commons)

Le samedi et le dimanche, le festival investira du matin au soir deux lieux magiques à Courbevoie, le théâtre de verdure du parc Bécon et, juste à côté, le merveilleux pavillon des Indes (tout en bois sculpté et coupoles dorées, rare survivant de l’Exposition universelle de 1878) avec une ribambelle d’activités et de concerts, certains gratuits. Du classique avec le duo Circé ou Anne-Marine Suire, au jazz-soul (Maë Defays, Clélya Abraham) en passant par la chanson française (Mélodies pour mes sœurs) et le folk (La Mécanique des Songes), sans oublier la danse et les spectacles jeune public, il y en aura décidément pour tous les goûts et tous les âges, dans un magnifique écrin de boiseries et de verdure – à découvrir absolument!

N’hésitez pas à consulter le programme complet!

L’Orangerie Sonore au parc de Bagatelle

Fleuron et vitrine de la programmation annuelle de Proquartet (Centre européen de la musique de chambre), qui effectue un remarquable travail de promotion du genre sous toutes ses déclinaisons (pas seulement le quatuor à cordes!), l’Orangerie Sonore vous donne rendez-vous chaque printemps (cette année du 30 mai au 1er juin) au milieu des roses de Bagatelle avec de jeunes formations chambristes et des programmes mêlant œuvres incontournables, découvertes plus rares et création contemporaine. Sans oublier la mise en avant des compositrices à l’occasion des concerts “Bagat’Elles”, qui vous permettront de découvrir par exemple la merveilleuse Dora Pejačević… Le jeune public n’est pas non plus délaissé, avec des concerts-découverte le samedi et dimanche matin à 11h.

Une édition un peu spéciale cette année, puisqu’elle marquera la sortie de résidence des ensembles suivis et soutenus depuis plusieurs années par Proquartet, avant de faire place à la prochaine promotion d’ensembles en résidence… Elle sera donc particulièrement riche et dense, avec des concerts réunissant à chaque fois plusieurs formations qui pourront ainsi unir leurs forces et leurs effectifs dans un répertoire allant du trio à l’octuor, en passant par des configurations plus rares comme le quatuor pour quatre violons (si si!) de Grażyna Bacewicz…

L’occasion de découvrir à prix doux et dans un cadre enchanteur la musique de chambre à son plus incandescent! (Pour le programme complet, c’est par ici!)

[Article à suivre… Il en manque évidemment, et j’ajouterai au fil des jours d’autres festivals: n’hésitez pas à revenir sur cette page pour les découvrir!]

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