
Avec Ariodante, le réalisateur Frédéric Savoir propose une aventure audacieuse, et même à ma connaissance tout à fait inédite: la captation exclusivement pour le cinéma d’une version de concert de l’opéra de Haendel, avec l’orchestre des Arts Florissants dirigé par William Christie et une fabuleuse distribution vocale (Lea Desandre dans le rôle-titre, Ana Maria Labin en Ginevra, Ana Vieira Leite dans le rôle de Dalinda, Hugh Cutting dans celui de Polinesso, Krešimir Špicer en Lurcanio, sans oublier l’Odoardo de Moritz Kallenberg et la figure royale incarnée avec gravité par Renato Dolcini). Une équipe artistique superlative, dont la gourmandise à s’emparer de la narration de l’opéra est subtilement soulignée par la mise en espace de Nicolas Briançon, exploitant pleinement les étagements de la scène tout autour de l’orchestre.

Mais ce qui nous retiendra avant tout ici, c’est la tranquille audace de cette proposition purement et véritablement cinématographique, qui ouvre grand les horizons vers de nouvelles (et très stimulantes!) manières de penser la transmission de la musique et de l’expérience du concert. C’est qu’avec ce film (entièrement tourné lors d’un unique concert à la Philharmonie de Paris en 2023), on est très loin d’une banale captation télévisuelle “gonflée” pour le cinéma: chaque plan est réellement pensé pour le grand écran, et pour une expérience immersive inédite, aucun effet de caméra gratuit ou démonstratif ne venant distraire de la plongée au cœur de l’orchestre et de l’art du chant. Les mélomanes déjà habitués des salles de concert y goûteront une rare approche au plus près du travail des musiciens et des chanteurs, où chaque plan est pensé pour servir la musique et renouveler notre regard, et les “novices” une formidable initiation à l’univers de l’opéra et du concert classique, sans les rituels sociaux parfois (à tort!) intimidants: en bref, une expérience à la fois de musique et de cinéma (et aussi pleinement musicale que cinématographique) que je recommande à chacun.e, la démarche du réalisateur, qui sait se faire discret devant le travail des artistes sur scène, permettant aux uns comme aux autres de se glisser entre l’image et la musique pour y trouver in fine leur propre lecture de l’oeuvre. Le film sera projeté en avant-première parisienne ce lundi soir (30 juin 2025) au Grand Rex, en présence de William Christie, Thomas Dunford et plusieurs chanteuses et chanteurs, avant de tourner en région: je recommande vraiment l’expérience, d’autant que le prix est très doux (16 euros pour une proposition artistique à la fois rare et neuve!), et la salle du Grand Rex déjà une expérience en soi…

[Je reviendrai plus tard compléter cet article et détailler davantage la proposition cinématographique et musicale singulière de ce film; je voulais néanmoins publier cette courte introduction sans attendre, pour permettre aux lecteurs de ne pas manquer l’avant-première exceptionnelle de ce soir!]