Un temps… et un monde pour elles!

C’est un de mes moments préférés de l’année! Porté à bout de bras par la Cité des Compositrices et sa fondatrice, la violoncelliste Héloïse Luzzati, le festival Un temps pour elles revient investir au fil des week-ends de juin et de juillet quelques-uns des plus beaux lieux patrimoniaux du Val d’Oise: l’abbaye de Maubuisson, le château de la Roche-Guyon, le château de Vigny, l’église de Vétheuil (une première pour le festival!) et pour finir en apothéose, les 4 et 5 juillet, le paradisiaque domaine de Villarceaux. Sous le titre « Chants du monde », la programmation de cette année ouvre des horizons particulièrement vastes, « d’un jardin rêvé à l’Italie baroque, des salons berlinois de Fanny Mendelssohn aux répertoires afro-américains de Chicago » : un parcours de découverte ouvert aux grands vents du monde, du voyage, des circulations et des échanges. A ne pas manquer!

10 concerts, une projection documentaire, pas moins de 30 artistes sur le pont (fidèles du festival et nouvelles recrues) : la traversée sera belle, et permettra comme toujours d’accoster à des rivages trop oubliés — s’appuyant sur un méticuleux travail de recherche tout au long de l’année, le festival fait découvrir à chaque édition des œuvres qui n’ont quasiment jamais été jouées, redonnant un visage et une voix à des compositrices injustement négligées. Je souligne « injustement », car c’est une autre constante du festival: l’insistance, au-delà de toute posture militante, sur la qualité d’écriture des œuvres retenues (servies par une interprétation ardente et passionnée) — on n’est pas ici dans le saupoudrage performatif de noms féminins, mais bien dans l’exhumation enthousiaste de véritables pépites, ces pépites qui ont d’ailleurs donné leur nom au label discographique associé, « La Boîte à Pépites ». Car la (toute petite) équipe de La Cité des Compositrices est sur tous les fronts: outre le festival, elle pilote toute l’année plusieurs cycles de concerts dans des institutions emblématiques (la BNF, la Philharmonie de Paris, le musée d’Orsay…), et a récemment ajouté une nouvelle corde à son arc: l’édition de partitions, chaînon manquant pour permettre aux musicien.ne.s de s’emparer de ce répertoire et de le faire vivre — non pas juste « un temps », mais tout le temps et partout. Et cela prend: ma fréquentation des « petits » comme des « grands » concerts me permet d’en témoigner, des noms encore il y a peu inconnus comme Mel Bonis et Charlotte Sohy figurent désormais très régulièrement dans les programmes, et c’est en grande partie grâce au travail incessant de la Cité des Compositrices — c’est souvent au festival Un Temps pour Elles que leurs pièces ont été (ré)entendues pour la première fois.

La dimension nécessaire de ce travail, son évidente utilité et urgence dans la vie musicale, ne doit pas faire oublier cependant l’essentiel: la dimension de pur plaisir qu’il y a à ouvrir son oreille à des œuvres encore inconnues, le sentiment d’une découverte privilégiée et d’une rencontre intime avec des personnalités dont la musique reflète la vie. Il y a dans le festival Un Temps pour Elles une dimension de gourmandise hédoniste, renforcée par le caractère exceptionnel des lieux où les concerts nous font voyager, qui comptent parmi les plus féeriques d’Île-de-France: jardins féeriques, vieilles pierres, falaises et forêts de la vallée de la Seine créent un écrin de rêve pour la musique — n’oubliez pas de savourer ces moments en profitant des emblématiques chaises longues du festival… La rançon de ce côté « hors de monde », c’est que les lieux du festival ne sont pas toujours faciles d’accès… mais ce n’est pas une raison pour ne pas venir: des points de rendez-vous pour le covoiturage sont prévus dans les gares de RER les plus proches, ce qui met les verts paradis d’Un Temps pour Elles à portée de Navigo: vous n’aurez pas de meilleure occasion de découvrir ces endroits merveilleux.

Un simple coup d’œil sur la programmation 2026 devrait achever de vous convaincre de faire le voyage cette année (et toutes les suivantes, vous verrez qu’on y prend vite goût et que cela devient un moment ardemment attendu!) :

Et pour découvrir les pépites musicales de la Cité des Compositrices, abonnez-vous à la chaîne Youtube @LaBoiteàPépites, dont je vous laisse goûter ici un petit aperçu… ça met l’eau à la bouche, non? Rendez-vous au festival pour savourer pleinement ces découvertes et enivrer tous vos sens!

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *