Balafon

Le balafon est un instrument de percussion idiophone traditionnel d’Afrique de l’Ouest. Il s’agit d’un xylophone composé d’une structure en bois sur laquelle sont fixées des lames de bois dur (souvent du palissandre ou du vène), classées par ordre de taille et de hauteur. La particularité du balafon réside dans ses caisses de résonance : sous chaque lame est placée une calebasse (une gourde séchée et évidée) dont la taille est minutieusement accordée à la fréquence de la lame correspondante.

Pour enrichir le timbre et lui donner son bourdonnement caractéristique (le mirlitonnement), les calebasses sont percées d’un petit trou originellement recouvert d’une fine membrane organique (toile d’araignée ou cocon de chauve-souris), bien que des matériaux plastiques soient souvent utilisés de nos jours. L’instrumentiste, parfois appelé balafoniste, frappe les lames à l’aide de deux mailloches dont les embouts sont recouverts de caoutchouc, produisant un son à la fois boisé, chaud et vibrant. Les accords varient selon les régions, utilisant couramment des échelles pentatoniques, hexatoniques ou heptatoniques.

Sur le plan culturel et historique, le balafon est indissociable des sociétés mandingues, sénoufos et bobos. Il joue un rôle sacré et social majeur, notamment à travers les griots, gardiens de la tradition orale. Le célèbre Sosso Bala, un balafon historique datant du XIIIe siècle et lié à l’empire du Mali, est un symbole de ce riche héritage. En reconnaissance de son importance, les pratiques culturelles liées au balafon ont été inscrites par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Glockenspiel

Le glockenspiel (littéralement « jeu de cloches » en allemand) est un instrument de percussion de la famille des idiophones frappés. Organologiquement, il s’agit d’un métallophone : il est constitué d’une série de lames de métal (souvent en acier ou en alliage d’aluminium) de longueurs décroissantes, accordées chromatiquement et disposées sur un cadre à l’image du clavier d’un piano (les notes naturelles en bas, les altérations en haut). Contrairement au vibraphone ou au marimba, les lames du glockenspiel orchestral ne sont généralement pas surmontées de tubes résonateurs, ce qui confère à son son une attaque très franche et peu de sustain naturel, bien que certains modèles de concert en soient équipés pour plus de projection.

Il se joue à l’aide de mailloches (baguettes) dont les têtes peuvent être en bois, en plastique dur, en laiton ou en caoutchouc, selon la dureté de l’attaque et le timbre souhaités. Le musicien tient généralement deux baguettes, mais peut en utiliser quatre pour jouer des accords. Son ambitus est très aigu, couvrant généralement deux octaves et demie à trois octaves. Sa sonorité est extrêmement brillante, cristalline, perçante et tintinnabulante.

D’abord conçu pour imiter les carillons d’église (d’où son nom), le glockenspiel a été intégré à l’orchestre symphonique au XVIIIe siècle (notamment par Mozart dans La Flûte enchantée pour l’air de Papageno). Il est aujourd’hui omniprésent dans la musique classique, les orchestres d’harmonie (sous forme de lyre ou de clavier de marche), et est très apprécié dans les musiques de film pour évoquer la magie, l’enfance ou la féerie.

Gamelan

Le Gamelan n’est pas un instrument unique, mais un ensemble instrumental (un orchestre traditionnel) emblématique de l’Indonésie, particulièrement de Java, de Bali et de Lombok. Sur le plan organologique, il est ultra-dominant en idiophones : il regroupe une impressionnante variété de métallophones à lames (saron, gender), de carillons (bonang), et de grands gongs suspendus (gong ageng, kempul). S’y ajoutent généralement des membranophones (les tambours kendang qui dirigent le tempo), et parfois des aérophones (flûte suling) ou des cordophones (rebab).

La particularité fondatrice d’un gamelan est qu’il est conçu et accordé comme une entité unique et indivisible. Les instruments d’un gamelan donné sont accordés entre eux (souvent de manière très légèrement décalée pour produire de riches battements acoustiques, le ombak), mais ne sont pas interchangeables avec ceux d’un autre gamelan. Le mode de jeu est profondément collaboratif : la musique polyphonique qui en résulte est construite sur un principe de colotomie, où de longs cycles temporels sont ponctués par le grand gong, subdivisés par les gongs plus petits, tandis que les métallophones brodent des mélodies ornementées (le kotekan balinais) autour d’un thème central.

Historiquement lié aux cours royales, au théâtre d’ombres (Wayang kulit), aux rituels hindouistes (à Bali) et à la danse, le gamelan est profondément ancré dans le paysage spirituel et social indonésien. À partir de la fin du XIXe siècle, sa découverte par les musiciens occidentaux (comme Claude Debussy lors de l’Exposition universelle de 1889) a eu une influence considérable sur la musique savante européenne et la musique minimaliste américaine.

Cloches

La cloche est l’un des instruments de musique les plus anciens et universels, présent dans presque toutes les cultures du monde. Sur le plan organologique (classification Hornbostel-Sachs), c’est un idiophone frappé indirectement ou directement : le son n’est pas produit par une corde, une peau ou une colonne d’air, mais par la vibration de la matière même de l’instrument, généralement un alliage métallique (airain ou bronze). En forme de coupe ou de vase renversé, la cloche est mise en résonance soit par un battant interne balançant contre la paroi, soit par un marteau externe.

La caractéristique acoustique majeure de la cloche est sa complexité sonore. Contrairement à la plupart des instruments mélodiques, une cloche produit une multitude d’harmoniques (ou partiels) qui ne sont pas toujours des multiples entiers de la fréquence fondamentale. Cette inharmonicité partielle lui donne ce timbre si particulier, ample, métallique et souvent un peu trouble. La facture campanaire exige des calculs extrêmement précis sur l’épaisseur du profil (la « robe ») pour accorder parfaitement ces différents partiels.

Historiquement, le rôle de la cloche dépasse largement le cadre strictement musical : instrument de communication rurale, alarme militaire, rituel religieux (cloches d’églises, bols tibétains), elle structure le temps social. Cependant, la cloche a aussi intégré l’orchestre symphonique. Pour pallier le poids et l’encombrement des cloches de fonte traditionnelles, les luthiers occidentaux ont développé les « cloches tubulaires » (des tubes métalliques frappés avec un maillet), capables de reproduire avec précision le son des clochers pour l’exécution d’œuvres classiques, comme la Symphonie fantastique de Berlioz.